Jusqu’en 1988, cette course cycliste professionnelle a été remportée par de célèbres coureurs comme Anquetil, Vanspringel, Duclos Lassalle entre autres. Elle se pratiquait derrière une Derny. Depuis elle s’est ouverte aux amateurs, et ces mordus de la petite reine viennent mettre à l’épreuve leur force physique, leur capacité mentale à gérer l’effort sur du long terme. Le TC Guyenne, club organisateur, propose trois formules:  cyclotouriste en moins de 60 h,  randonneur en moins de 36h,  cyclosportive en moins de 27 h.

Pour la deuxième fois, je me lance seul sur la cyclosportive espérant faire mieux qu’à ma première participation. La préparation pour cette aventure s’est faite de façon plus rigoureuse: entrainement, alimentation, préparation physique et mentale…On partira moins stressé, parce que déjà faite.

Mais rien n’y fait, sur la ligne le palpitant tape la chamade. Au coup de sifflet, tous se collent à la voiture ouvreuse, et on déboule à 35, 40 km/h sur plus de 120 km. Priorité aux coureurs. Une escorte de motards bloque les ronds points, nous font passer au rouge, toute la chaussée est pour nous. Petit vent de face, 34°, pas un nuage. Une organisation phénoménale, une sécurité irréprochable. Mais cette vitesse demande la plus grande des vigilances, et PATATRAQUE, 4,5 vélos se fracassent brusquement sur le bitume, m’entrainant dans leur chute. Misère de misère, je me relève, remet ma chaine, pour voir au loin mes compagnons de route fondre vers l’horizon. En quelques secondes, des mois de préparation pour réussir au mieux cette aventure, tombent à l’eau. Les voitures assistantes sont encore là, et dans leur sillon, je reprends du terrain, mais non sans peine. Pas facile de se résigner quand on a une tête de mule comme la mienne. Arrivé à moins de 100 mètres du peloton, après plus d’une demie heure de chasse, plus rien dans les cannes, plus de moyen pour faire la jonction. Faut les laisser filer, quelle rage!!!, quelle colère!!! Maintenant il faut récupérer, s’alimenter, et en profiter pour enfin admirer ces magnifiques paysages traversés la Charente, la Vienne. Des groupes de cylo se reforment, puis la moyenne horaire remonte... 20h à ma montre, l’obscurité pointe à l’horizon. Martizet, deuxième pointage, « 2 demis citron pour moi garçon », j m’enfile un petit casse-croûte entre mes 2 verres de bières, allume les feux avant et arrière de mon vélo, et me voilà reparti seul. La magie de la nuit vient prendre place.

Le stress s’installe, je dois rejoindre le plus rapidement possible ce serpent mystérieux rouge et jaune qui gigote dans tous les sens, au loin: c’est une image surprenante que j’ai plaisir à revoir dans tous mes circuits de nuit: tous s’activent, pressés, petite loupiote rouge à la selle, gilet sécurité fluo volant au vent, ils se dépêchent, ils se hâtent, « faut retrouver le jour au plutôt ».

La fraicheur de la nuit redonne des forces. On y voit moins bien, mais on pédale plus vite « étonnant, n’est ce pas ? ». Ma petite équipe se dirige bon train vers un ravito où soupe, café chaud, et casse-croûte vont être engloutis goulûment. Dans nos bidons les boissons restent fraiches, tous se pressent, mais tous redoutent la « cagnasse » du matin à venir.

Plus que 200 km de parcours, j’abandonne le groupe pour rouler à 30km/h sur de longues routes linéaires bordées de forêts. Les jambes sont bonnes, quelques douleurs aux bras, au cou, au dos, mais peu importe, les jambes sont bonnes, laissons-les faire. Le Centre, le Loiret, L’Essonne: les bosquets habités de ces magnifiques vaches nous regardant l’air surpris, ont fait place aux longues plaines de céréales. 12h à ma montre et de nouveau 34°, pas de nuages, plus que 40 km à couvrir, les jambes brûlantes, je me retrouve à nouveau dans le creux de la vague. « Un coup de pompe si près du but? Quelle poisse!!! un Tourmalet en région Parisienne??? »

Les 2 ultimes bosses à franchir furent interminables. Les derniers kilomètres furent les plus pénibles de ce périple. Mais enfin, là, au fond de ce boulevard de Balainvillier, la ligne d’arrivée. Quelle joie!!! Quelle satisfaction!!! Quelle fierté!!! « J’ai fini, j’ai fini, je l’ai fait. » 623 km en 23h35, poses et pointages compris, après une chute, pas mal mon petit Marcel!

Mais c’est fini, autant de peine, autant de souffrance ce sera ton dernier Bordeaux-Paris, t’en a bavé !

Je garderai, à jamais au fond de moi, tous ces moments difficiles, et toutes ces bonnes parties de manivelles, qui ont fait de cette traversée un de mes meilleurs souvenirs cyclistes.

24h se sont passées que déjà, dans ma tête, un esprit de revanche renait. Je suis persuadé qu’en 2012, Marcelou sera présent pour reprendre le départ avec l’espoir d’entrainer le team JP1C avec lui

Marcel dit l'Aigle des Corbières IMGP1968.JPG

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